J’attends

… que ces croûtes sur mes joues disparaissent

… que mon homme arrête de jouer à ce jeu débile sur son ordi

… que mon grand garçon arrête de me demander qu’est ce qu’il y a après la mort

… ma commande passée chez oscaro.com

… que le printemps arrive pour de vrai

… que mon thé soit infusé

… quoi … pour me remettre au sport ?

… un mail

… que ce mal de tête s’en aille

… que mon homme arrête de cliquer … cliquer … cliquer …

J’aime

… voir le soleil passer par la fenêtre quand je me réveille

… dormir jusqu’à midi

… être seule la nuit quand tout est calme

… cueillir des fleurs de pissenlit

… passer à côté de la salle de bains sans y entrer

… finir la journée sans avoir touché mon visage

 

Jour 38 : faire simple

Grattage : rien, nada, zéro, nix, noget, niente, nothing at all !

Humeur : zen

J’y comprends rien

J’essaie de comprendre. Ce soir, je n’ai pas du tout eu envie de grattouiller quoi que ce soit. C’est quoi le truc ? Est-ce parce que je me suis endormie devant Koh-Lanta (et réveillée avec mal à la tête) ? Est-ce parce qu’on est vendredi soir ? Ou parce qu’il n’y avait plus rien à gratter ? Ça … tu parles … quand tu cherches, tu finis toujours par trouver. Mais c’est ça le truc : j’ai pas cherché, j’ai pas scruté. Et pas parce que j’ai pris sur moi, fait preuve de volonté. Non … j’ai aucun mérite … c’était comme si je m’en foutais. Ce n’est pas non plus de voir les égratignures de la veille qui m’a stoppée. Ça, en général, c’est pas le genre de truc qui m’arrête, au contraire, je serais plutôt du genre à m’enfoncer, quand ça va pas. En attendant, j’ai toujours mal à la tête. Mais ça au moins, c’est pas comme les marques de grattage : on peut se coucher avec et se réveiller le lendemain sans.

Ce soir, mes parents sont passés. J’étais pas maquillée. Je me maquille plus, depuis une semaine.

Mon père fronce les sourcils : ça va pas mieux ta peau.

C’est … c’est juste un mauvais passage … t’inquiète.

Ma mère me fait son sourire de fausse compassion. Je déteste cet air presque satisfait qu’elle a quand je suis défigurée. Faudra que je parle de ma mère au psy

Aujourd’hui, je n’ai pas eu à me battre avec mon grand garçon. Il a pris son petit déjeuner dans la bonne humeur. Il s’est retourné pour me faire un signe et un grand sourire, quand je l’ai déposé devant l’école. Il est venu dans mes bras pour un câlin, ce soir en rentrant. Sûr qu’il ne m’en faut pas plus pour être la plus heureuse des mamans. De là à expliquer ma sérénité face au miroir … Non … ce serait simpliste et ce serait l’accuser de tous mes maux.

Le stress … oui … est certainement un facteur important dans la dermatillomanie.

Ce qui s’est passé aussi, cette semaine, c’est que j’ai arrêté de me maquiller. Ma peau devrait aller mieux. Et, oui : elle va mieux. Et … quand on veut pas se maquiller, on le sait  … que c’est pas une bonne idée de gratter. Sauf que … quand on sait, justement, qu’on va pas pouvoir se cacher : ça fout la pression. Et donc … on vérifie. Et ça … c’est le début de la fin : vérifier. Bon … après une semaine complète sans maquillage … maintenant que tout le monde a bien vu … elle est peut-être retombée, la pression ?  Réponse dimanche soir.

Hum …c’est … c’est quand-même pas parce qu’il a fait plein soleil aujourd’hui que ce soir je ne me suis pas préoccupée de ma peau ?

Bref. Bilan de la semaine.

Du positif : zéro plaie infectée – zéro égratignure suintante – un front nickel – presque plus aucune trace des boutons (…grattés, est-ce utile de le préciser ?) sur le menton.

Du négatif : des vilaines égratignures bien rouges et super moches sur les joues là où avant il n’y avait rien que de minuscules microkystes (oui, je sais, c’est un pléonasme : minuscule … micro … kyste).

Jour 37 : j’essaie de comprendre

Grattage : non

Humeur : détendue

 

Crise ?

Hier soir déjà, je m’étais penchée un peu trop près sur ma peau. Et ce tout petit truc, là, que j’avais commencé à triturer … bingo : une croûte. Et moi ce matin … je fais quoi ? Je gratte la croûte … et voilà que ça suinte … lamentable.

Et maintenant, tu vas faire quoi ? Aller au boulot avec encore une marque de plus ? Ben … ouais. Ah galère …

Ma collègue me regarde.

Je suis mal à l’aise.

Ça va ?

Heu .. oui. (Je crois bien que j’ai fait non avec la tête)

Qu’est-ce qui t’arrive ?

Hem … je ne me maquille plus ! J’ai tellement souffert, avec cette plaie … C’est comme ça que ça a commencé … en essayant de maquiller un bouton. Voilà… ma peau est comme elle est. Je dois la laisser respirer si je veux qu’elle s’améliore.

Tu as raison. C’est un grand pas que tu as franchi là.

Elle est chouette, cette collègue. Ça m’a fait du bien de pouvoir lui expliquer ma démarche.

Ce qui est chouette aussi, c’est que depuis que je ne mets plus de maquillage (et pourtant, c’était juste de la poudre … bio … de chez Zao) … quel confort ! Fini les démangeaisons, fini le soir de courir me démaquiller parce que j’ai l’impression d’étouffer. Et ma peau cicatrise encore plus vite. Et la peau autour de la cicatrice semble plus belle, moins enflammée. Que du positif.

Sauf que …

sauf que ce soir … comme hier soir … j’ai de nouveau scruté mon visage. Je ne supporte pas le moindre petit relief, la moindre ombre de bouton, ou de micro kyste. J’ai pas pu résister : j’en ai grattouillé … quatre … cinq ? Je ne me suis pas acharnée. Mais j’ai bel et bien agressé ma peau. C’est pas possible ! Mais pourquoi je fais ça ? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond ?

Au boulot … ça va plutôt bien.

Mon homme … il est plutôt chouette. Un peu grognon parfois, genre ours mal léché. Mais bon … gentil quand-même, le grizzli. Souvent, il me saute dessus et chaque fois, je me demande : comment peut il encore avoir envie de me sauter dessus avec la tête que j’ai ? Parce que moi, là : j’ai pas envie … moi … qu’il me saute dessus.

Je me pose une question … dérangeante.

J’ai pas envie qu’il me saute dessus … parce que je suis toute égratignée ?

Ou …

Je suis toute égratignée parce que … ?

Franchement … je ne sais pas. J’espère que le psy pourra m’aider à comprendre qu’est-ce qui cloche.

Et les enfants ? Épuisants … enfin … épuisant : l’aîné. On a du mal avec lui depuis la crèche. Dix ans qu’on se bat au quotidien avec un enfant « difficile ».

Sa maîtresse, sa gentille maîtresse s’inquiète pour son entrée au collège. Nous aussi, on s’inquiète.

La directrice du périscolaire a cru judicieux de justifier son incapacité à le gérer d’expliquer son comportement à ses petits copains en leur faisant un cours sur l’autisme ! Ben voyons ! Rien que ça. Et depuis, c’est pire ! Bravo ! Même à la maison, ça ne va plus. Pauvre gamin.

Cher enfant … je t’aime … tu es juste … magnifique, fort, en pleine santé, intelligent, sensible, gentil … et … tellement fragile. Angoissé, un peu rigide, très peu de copains … attaché à tes doudous … tes habitudes … tes petits trésors. Tu grandis, à ton rythme : et alors ?

Cher enfant … ta maman est fatiguée.

Fatiguée parce que pendant des mois, elle s’est traînée avec une vilaine plaie.

Fatiguée aussi parce que chaque jour, il faut se battre pour des choses qui devraient aller de soi : t’habiller, te laver, venir à table, répondre, faire tes devoirs, te brosser les dents, te coucher … Dit comme ça, ça n’a l’air de rien. Et je me suis souvent dit : j’ai deux beaux enfants en pleine santé et … et j’ose me plaindre de quelque chose ?!

C’est de me battre qui m’use. Quand la force et les cris prennent le pas sur la patience. Quand l’exaspération l’emporte sur la compréhension. Là où je ne voudrais qu’amour et douceur … il y a parfois la guerre. Ça … je ne le supporte pas. Et ta résistance, dans ces moments là, est à la hauteur de notre détresse.

Hier soir, j’ai crié ma rage, pleuré mon ras le bol. Et ce soir … toi … tu as été le plus adorable des petits bonhommes.

Jour 36 : qu’est-ce qui cloche ?

Grattage : une demi-heure au moins …

Humeur : pensive

être pure

Lundi, le Psy l’avait dit : toujours ce besoin de pureté ?

Na pas fauter, ne pas abîmer (pour le coup, c’est loupé), ne pas souiller … ôter l’impur

Ce soir, sous la douche, j’ai fait un gommage. J’en suis ressortie avec le teint frais et cette divine sensation d’un visage qui respire.

Je m’approche du miroir. Je vois … regarde … observe … tous ces tout petits micro kystes que ma peau laisse deviner par transparence. J’effleure ma peau, je gratte un peu, et je commence à presser … hé !  …hé ! mais NON ! T’arrête tout de suite tes conneries, là !

Oui : j’arrête. Je regarde ma peau. Encore quelques traces de grattage en train de cicatriser mais globalement, ça va mieux, le teint est plus régulier, lumineux, même.

Alors c’est donc ça : je ne supporte rien, pas même ces minuscules imperfections. Je respire. Je me revois, assise face au psy. Mouais … ce serait quand-même bien que lundi prochain je puisse arriver chez lui avec un visage un peu moins marqué.

Jour 35 : se purifier (de quoi ?)

Grattage : 10 minutes

Humeur : envie d’en sortir

Regards

Aujourd’hui, zéro maquillage, pas même un peu de poudre. J’en ai tellement marre, j’en ai tellement bavé avec cette plaie. Je veux laisser ma peau respirer. Pas question, plus jamais, de prendre le risque de me retrouver avec une plaie surinfectée parce que j’ai à tous prix voulu camoufler un bouton gratté. Au pire, un sparadrap pour cacher. Sinon, rien.

Et ce matin, donc. Je me regarde dans le miroir : soupir.

Tu vas au boulot comme ça ?!

Oui ! Je m’en fous ! De toutes façons, ils le savent, que j’ai des problèmes ! Quoi ? C’est si affreux que ça ?

Heu …

Hein ?! (Je t’en supplie, dis moi que c’est pas si terrible)

Non … ouais bon …

OK ! J’y vais ! A ce soir !

Je me regarde pas dans le rétro ; je crois qu’il vaut mieux pas.

Au boulot, je croise les collègues ; je relève la tête. Il y a ceux qui me regardent comme si de rien n’était. C’est peut être ceux qui ont la vue qui baisse. Il y a ceux qui regardent ailleurs. C’est ceux que ça met mal à l’aise. Hé ! Ho ! T’arrête un peu ta parano. Lui, là, le grognon, c’est comme d’hab’ ; il te regarde pas … parce qu’il en à rien à faire et qu’il cherche pas à communiquer plus que ça. Et puis chacun a ses soucis, ils ont autre chose à penser qu’à scruter ta tronche.

Le soir, je suis quand-même contente de refermer enfin une porte derrière moi.

J’ai hâte de retrouver un visage présentable. Mais aujourd’hui, j’ai franchi un pas : je suis allée au boulot sans aucun maquillage alors que j’avais des boutons, des croûtes et des marques.

Jour 34 : nue

Grattage : 10 minutes

Humeur : philosophe

Premier RDV chez le psy

Très sympa. Pose quelques questions pour apprendre un peu qui je suis. Rebondit sur ce que je dis.

Alors … ça a commencé quand … à 14 ans … ?

Ah non, pas du tout. Je n’ai commencé à avoir de l’acné que vers 20 ans.

Ah ? Heu … vous fumez ?

Non.

Et … l’alcool ?

Je ne bois rien.

Du canabis ?

( Rire ) … Non ! Surtout pas ! Je n’ai jamais touché à rien.

Si … vous avez touché à votre peau.

( Elle était facile celle-là ) … oui … oui …

Et bref : c’est parti dans tous les sens, mon entrée dans la vie adulte, mon boulot, ma vie à la maison, les enfants …

Il me regarde avec bienveillance et compassion : vous êtes … dans un état de tension … Bon … (il a l’air un peu assommé par tout ce que je viens de déballer) … on va commencer par une séance par semaine.

D’accord. Merci … merci.

Jour 33 : parler à un psy pour un jour ne plus gratter

Grattage : 10 minutes

Humeur : ras-le bol ; quand il y en a un qui guérit (youpiii), il y en a un autre qui s’infecte (et c’est de ma faute, en plus …)

La cicatrice

Longue histoire :  un bouton qui revenait, toujours au même endroit une à deux fois par an, depuis … je ne sais plus … trois … quatre ans ? Profond, gros, douloureux et qui finissait toujours en plaie moche, infectée, et longue à guérir. La dernière fois aura été la pire.

J’ai d’abord essayé de m’en sortir seule. Puis j’ai eu des antibio, pas assez longtemps, et une rechute. Des rendez-vous, des examens, des hypothèses effrayantes. Puis des antibios à nouveau, plus et plus longtemps, qui n’ont pas complètement jugulé l’infection. Des mois de souffrance avant d’en sortir … par la chirurgie.

C’est encore récent et la cicatrice est déjà très discrète. Mais il reste, autour de la cicatrice, encore pas mal de tissu cicatriciel qu’on ne pouvait pas enlever. On ne pouvait pas enlever plus de tissu  à cet endroit. Cette zone est inflammatoire, fragile et le moindre petit bouton à cet endroit aurait vite fait de dégénérer en plaie difficile à guérir.

C’est pour ça, que lorsque ce petit bouton sous la cicatrice a dégénéré en plaie suintante, j’ai été très mal. J’ai gardé mon sang froid et la plaie a cicatrisé en une dizaine de jours. Soulagée … j’étais soulagée.

Ce soir, je regardais … parce que, oui, j’en suis encore à scruter chaque soir ma peau et j’ai vu une bosse … un bouton, en fait, juste là … là où ça craint. Sur le coup, j’ai pas vraiment réalisé qu’il était dans la zone de tissu cicatriciel. Je l’ai gratouillé, la peau était morte, en surface. Dessous, à vif, je reconnais avec effroi l’exacte marque du petit bouton qui avait dégénéré en plaie suintante il y a un peu plus de deux semaines. L’égratignure est toute petite et ça ne suinte presque pas. Les tissus ont l’air sain et il n’y a aucun signe d’infection là-dessous. Ailleurs sur mon visage, une petite égratignure comme ça ne m’inquièterait pas. Là … c’est une autre histoire : je dois être d’une prudence extrême. Je sens que cette zone va m’embêter encore un bon bout de temps. Je dois être patiente … patiente, et prudente.

A part ça … les traces de grattage sur mes joues (quand j’avais eu plein de petits boutons) ont presque complètement disparu. La trace laissée par le bouton qui avait enflé  suite à mes triturages cicatrise très bien aussi. Presque plus de trace de la vilaine poussée de boutons sur le menton non plus.

Jour 32 : attention zone à risque

Grattage : 10 minutes

Humeur : morose mais je crois que la météo y est pour autant que mes soucis de peau