Maman quand est-ce que t’auras plus de bobos ?

Pom27 (auteure du blog Peauwer : Journal intime d’une dermatillomaniac) m’a posé cette question aujourd’hui : est-ce que mes enfants savent ce que je fais dans la salle de bains ? Est-ce qu’ils remarquent mes plaies ?

Mes enfants m’ont toujours connue avec mes « bobos » . Il y a eu des hauts et des bas. Après la naissance de mon premier enfant, j’ai eu une peau presque nickel pendant un an environ. Maman n’est pas toujours restée à la maison pendant que les enfants allaient à la piscine avec papa. Oui, bien sûr qu’ils les voient.

Maman, pourquoi t’as des bobos ? Maman, quand est-ce que tu viendras avec nous à la piscine ? C’est moche, tes bobos … Maman ; quand-est ce que je pourrai inviter mes copains à la maison ? Maman ; quand-est ce que t’auras plus de bobos ?

J’ai des bobos parce que quand j’étais plus jeune, j’ai mangé plein de trucs pollués. J’ai des bobos parce que je suis stressée. Bon … c’est moche sur ma figure … mais c’est pas une maladie grave, c’est juste … embêtant.

Maman ! Sors de ta salle de bains maintenant ! Maman … tu viens jouer ? … tu viens lire une histoire ? … tu montes faire un câlin ? Ah, les câlins. Je les ai souvent serrés, fort, longtemps, tendrement, mes enfants. J’embrassais leur petites joues toutes douces. Je crois bien que, souvent, le soir avant d’aller dormir et que j’allais les voir, après être passée au miroir … je venais m’accrocher à eux, respirer leur innocence.

Je sors de pas loin d’une année avec une galère pas possible : une plaie après l’autre, moches, longues à cicatriser, et pour finir une plaie qui ne guérissait pas. L’enfer … j’en ai pleuré … de désespoir, d’épuisement. Je faisais face au quotidien : le boulot, la maison, les tâches ménagères, les enfants. J’étais toujours la petite maman douce et câline, toujours le brave petit soldat consciencieux au boulot, un peu moins la compagne enjouée. J’essayais de continuer à rire, jouer, sortir prendre l’air quand-même. Et régulièrement, je craquais : j’en peux pluuuuuuuuus !

J’ai encore des bobos parce que je gratte encore un peu trop mes petits boutons mais rien à voir avec l’enfer que je viens de traverser. Je vais mieux, bien mieux ! Je compte bien ne plus jamais revivre ça et aussi … je compte bien finir par faire la paix avec ma peau.

J’ai deux garçons, je n’ai pas trop peur des les voir un jour m’imiter. Mais j’ai envie d’être pour eux une jolie maman, une maman gaie, disponible, énergique … bien dans sa peau.

Je leur ai expliqué, un peu, que je gratte ma figure quand je suis énervée. Je leur ai dit, aussi que j’allais prendre soin de moi, arrêter. Quand je suis allée me faire masser, je leur ai dit : Hé ! Vous savez quoi ?! Je vais me payer un massage ! Ça va me faire du bien, je vais revenir détendue, en forme. Cette fois c’est de moi que je m’occupe ! A tout à l’heure ! Bisouuuuuuuuuuus !

Il y a quelques jours , fâchée, énervée parce qu’ils nous en faisaient voir de toutes les couleurs, j’ai hurlé : vous allez arrêter ! Et oui, je crie ! Et non, je ne vais pas me gratter la figure parce que je suis énervée ! Non ! Je ne vais pas gratter ma figure !

Ouais ben … j’ai gratté quand-même … quelques jours plus tard. Gratter moins souvent, moins longtemps, moins fort … Arrêter … je veux arrêter … je vais arrêter.

Les marques des boutons que j’ai grattés il y a deux jours continuent de s’estomper. Encore quelques boutons qui m’embêtent sur le menton. Celui qui était planqué en profondeur est monté en surface, accompagné de petits frères. Grrrr … heu … oui, je les ai grattouillés, un peu, sans m’acharner. Je n’ai plus mis de biseptine sur ma peau, ce soir. Juste quelques gouttes d’huile essentielle de lavande, sur le menton.

Jour 28 : mercredi … soleil … dehors les enfants !

Grattage : 10 minutes … sur le menton … m’énervent ces boutons

Humeur : confiante

Un dimanche heureux

La vie est tout de suite plus belle quand le ciel est bleu. Mon homme m’a laissé dormir. Il ne fait pas non plus de commentaire sur l’heure qu’il est et j’entends les enfants qui jouent. J’ai encore dans la tête de biens étranges rêves faits dans la matinée, des rêves un peu torturés mais plein de couleurs et incroyablement lumineux. Miroir ? Ma plaie a à peu près la même tête qu’il y a deux jours. Cette fois j’ai dormi sans la couvrir et je crois que c’est mieux. Je compte bien ne pas y toucher, cette fois, à cette satanée croûte.

Je prépare un thé et j’attrape un enfant pour le manger câliner. Je descends vider la machine. Je suspends une partie du linge sur la terrasse. J’adore ça, suspendre du linge propre dehors. C’est beau, c’est frais et ça sent bon. Mon thé est prêt, je le savoure avec un carré de chocolat. Tout est calme dans la maison. Je me trouve un coin de parquet baigné de soleil et je m’y allonge avec « Un océan d’amour » . Je plonge très vite dans l’album, magnifique à tous points de vue. Dans mon dos, je sens la chaleur du soleil qui me pénètre jusqu’aux os. Oublier la plaie, porter mon attention ailleurs, à tous prix.

Papa geek finit par s’inquiéter du silence. T’es où ?! Non … je ne suis pas dans la salle de bains, en train de martyriser ma croûte. Occupe toi du repas ; moi, je ne peux pas ! Cela fait près d’une semaine qu’il scotche devant les ordis, à régler des problèmes de mise à jour et régulièrement il me lance des : j’peux pas ! C’est bon j’y vais : accompagnée d’un mouflet qui veut absolument éplucher les oignons.

Mes trois hommes engouffrent chacun une montagne de spaghettis bolognaise et moi … ben moi, désespérée par mes problèmes de peau … j’ai tout essayé … tout arrêté : le sucre, le lait, le gluten, la viande aussi mais ça c’est pour d’autres raisons. J’ai tout arrêté … sauf de gratter mes boutons … Ça, ça l’a fait sourire, le dermato. Donc, les repas … je ne sais pas toujours quoi manger ou disons plutôt que j’ai parfois souvent la flemme de me préparer un vrai repas. J’ai tout ce qu’il faut dans les placards : du riz complet, de la farine de pois chiches (pour des crêpes, super simples et super bonnes), des châtaignes, des noix, du quinoa, des épices … largement de quoi manger équilibré, et  à ma faim. Mais bon, là, j’ai préféré retourner faire le chat, sur mon coin de parquet ensoleillé. Donc, après avoir mangé les légumes ; j’ai encore faim, forcément. J’hésite, parce que c’est pas terrible, et je finis quand-même par me faire un bol de pétales de maïs avec du lait de soja. Mon petit garçon me regarde : et si je mangeais un bol de corn flakes, moi aussi ? Toi ? Regarde, t’as plus faim : t’as pas fini ta bolo … et … et c’est quoi toute cette viande, là ?

On profite de cette belle météo pour aller faire un grand tour de vélo. On y va cool, on se laisse porter. C’est calme, les enfants sont heureux. C’est tout ce dont j’ai besoin : du calme, des enfants heureux. On s’arrête au parc avant de rentrer. Il y a un monde fou. J’hésite un peu … avec la tête que j’ai. Et puis on s’installe sur un banc. Les enfants partent se défouler. J’observe les gens. Encore un truc que j’adore : observer les gens, essayer de les deviner. Je vois un jeune papa, plutôt beau gosse et qui n’a pourtant pas l’air de savoir quoi faire de son grand corps, là , au milieu de tous ces bambins. Je me dis que parmi cette foule, c’est moi qui devrait être mal à l’aise. Et pourtant non.

Jour 18 : ciel bleu

Évolution : un peu moins pire ?

Grattage : 10 minutes, le soir, à me défouler sur d’inoffensifs et  minuscules boutons.

Ne pas toucher aux boutons …

… j’ai passé la journée entière sans aucune tentation de triturer quoi que ce soit. Et ce soir, mon homme me regardait : hé ! ça va vraiment mieux ta peau, hein ? J’étais contente. Et mon herpès aussi, est en train de s’éteindre, à force de décoctions de buis. Six tasses par jour : ça a stoppé net mon herpès en 48 heures.

Ce soir, je me regarde dans la salle de bains. Le voile de cicalfate que j’avais estompé sur mes joues pour ne pas juste mettre deux ou trois ronds blancs par ci par là avait complètement disparu sauf sur les zones égratignées auxquelles il s’est encroûté, si je puis dire. Bref, c’est pas que c’est moche mais c’est tout sauf discret. Je me lave le visage, je frotte un peu pour enlever toutes ces traces blanches et évidemment, ça saignote, puis ça suinte. J’en ai marre, marre … ça m’énerve, ça me stresse … et je ne trouve rien de mieux à faire que d’aller me venger sur deux petits boutons, juste là au bout de mon menton. Voilà ! T’es content ?! Hem … ma parole, je leur parle, à mes boutons … c’est grave doc ? J’ai parfaitement conscience de ce que je fais et pourtant je continue. Je mesure ma force pour ne pas trop blesser ma peau. Je suis tellement énervée, que je m’en prends ensuite à deux autres petits boutons sur le front. Et je commence à inspecter mes joues, je commence à gratter un petit truc là, et au autre ici. Et je m’arrête ! Pas les joues ! C’est beaucoup trop fragile, la peau des joues.

Mon fils aîné m’appelle : maman … tu viens me raconter une histoire ? Oui, j’arrive. J’arrive … ça fait plus de dix minutes qu’il m’appelle et que je lui réponds que je ne peux pas venir tout de suite. Finalement, papa y va. Je le regarde, pas fière.

Tout à l’heure, mon homme m’a regardée, grondée : mais qu’est ce que t’as foutu ?! T’as plein de marques rouges partout ! Je lui réponds que c’est rien. C’est rouge parce que je viens d’y toucher, demain on verra plus rien. Enfin je l’espère. Il me demande pourquoi je fais ça. Je ne suis pas sûre. Au moment de coucher les enfants, notre aîné a été difficile (comme souvent) et j’ai baissé les bras quand il est resté sur le canapé, immobile, au lieu de monter se brosser les dents. J’ai tourné les talons et je suis allées me … « laver ».

Houlala … j’ai intérêt à me trouver un bon psy.

Jour 14 : petite crise

Grattage : 15 minutes

Dégâts : quelques rougeurs, pas de peau arrachée

Peut mieux faire

Ah quelle journée ! Météo pourrie, papa-geek scotché toute la journée devant son ordi après l’avoir fait planter au réveil ( merci Windows 10 … ah pardon … windaube 10, me souffle-t-il ). Je contemple deux minutes ma petite croûte qui continue de se gondoler et moi qui continue d’espérer que là-dessous ça cicatrise. Je me secoue, je range un peu tout ce qui traîne. Parce que si dans les contes de fée, il y a des petits lutins qui font le ménage la nuit ; chez nous, il y aurait plutôt deux petits lutins qui mettent tout sens dessus dessous dès l’aube et on est juste content si on ne retrouve pas de nutella  pâte de noisette (bio) tartinée sur le canapé. Bon OK, j’exagère, c’est pas des monstres quand-même.

Papa-geek a donc passé sa journée devant l’ordi et moi la mienne à essayer de les en tenir éloignés. Et pourquoi papa il fait de l’ordi toute la journée et nous on peut pas en faire 5 minutes ? Allez jouer dehors, regardez il fait beau ne pleut pas. Dix minutes plus tard : mamaaaaaaaaan, il pleut ! On rentre ! Et moi j’aimerais bien avoir une demi-heure tranquille pour me détendre récurer cette cuisine qui colle de partout (merci les petits lutins du matin).

Et ma peau dans tout ça ? Pas vraiment eu le temps d’y penser ; c’est pas plus mal. Et cette satanée croûte ? J’ai fini par la regarder de très … très … près. Complètement sèche, en train de se décoller sur les bords. Oh toi (la croûte), tu passeras pas la journée ! J’ai donc tiré dessus, tout doucement, et elle s’est gentiment décollée, dévoilant une jolie peau toute neuve, toute rose, encore un peu fragile mais parfaitement saine. Ouf !

Et ce soir ? Comment dire ? Énervée ! J’ai même pas été fichue d’appeler pour prendre RDV avec le médecin. Et cette démangeaison là, depuis deux jours … cette fois… il n’y a plus de doute : c’est une poussée d’herpès ! Grrrrr ! Comme si j’avais besoin de ça ! J’essaye de l’endiguer avec du Ravintsare et une décoction de buis. Le buis est paraît-il un super antiviral. Bref, je dois bien l’avouer, je me suis défoulée sur de petits boutons qui n’étaient pas particulièrement visibles et ça c’est bien débile. J’ai un peu égratigné ma peau ; j’aurais vraiment mieux fait de pas y toucher ! J’ai au moins eu la sagesse de m’arrêter là et de ne pas aller me défouler sur tous ces petits boutons qui me narguent. C’est dingue, plus je regarde ma peau, et plus j’en vois.

Je réfléchis à mon geste. Le genre de geste que j’ai répété pendant des années … Et alors quoi ? Je vais continuer comme ça ad vitam ? Incapable de m’en sortir ? Je crois bien que non. Parce qu’avant, je trouvais ça presque normal, d’aller systématiquement triturer mes boutons. Alors que maintenant … je sais que non … et que j’aurais mieux fait de ne pas y toucher. Et aussi, je suis bien déterminée à ne plus les toucher, ces maudits boutons. Je n’en suis pas encore à zéro grattage mais j’ai bien réduit déjà et j’ai jusqu’à présent toujours su m’arrêter assez vite, avant de faire des dégâts. Je continue , je vais y arriver !

Jour 12 : on fera mieux demain

Grattage : 5 minutes