J’ai craqué

Ça faisait près d’un mois que je tenais bon

et ça progressait

lentement

mais sûrement

Environ une fois par jour

je lui disais

allez quoi

Et moi j’étais

tantôt

gentille

agacée

énervée

résignée

Et j’ai tout essayé

la récompense

la punition

la menace

l’indifférence

Rien à faire

ça lui était égal

il réagissait pas

il entendait pas

il avait toujours mieux à faire

J’ai aussi essayé

le sermon

les métaphores

montrer l’exemple

Et pourquoi pas

moi aussi

comme lui

m’en fiche

mais en fait non

on se refait pas

Bref, j’ai craqué

ce soir

c’est moi

qui ai mis un genou à terre

C’est moi qui l’ai fait

oui

moi

j’ai rangé la chambre de mon fils

Et vous savez quoi ?

ça m’a fait du bien

je devrais peut être lui expliquer

à mon fils

tu sais

ça fait toujours du bien, de ranger

je crois qu’il comprendrait pas

ou alors qu’il me répondrait

ça fait toujours du bien, de laisser tout en plan

C’est pas faux

planer

Jour 80 : ranger un peu

Grattage : non

Évolution : +++

Humeur : optimiste

P.S . quand je vous dis

que j’ai tenu un mois

c’est pas une blague

j’ai vraiment tenu un mois à voir la chambre de mon petit garçon illustrer la merveilleuse loi de l’entropie. L’étagère qui semblait vouloir vomir son bric à brac. Des feutres éparpillés jusque sous le lit, certains sans capuchon. Des dessins étalés de partout, parfois froissés parce qu’il était devenu impossible de rentrer dans la chambre sans trébucher sur un jouet ou piétiner un de ses chefs d’œuvre. Mon fils est un artiste.

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Crise ?

Hier soir déjà, je m’étais penchée un peu trop près sur ma peau. Et ce tout petit truc, là, que j’avais commencé à triturer … bingo : une croûte. Et moi ce matin … je fais quoi ? Je gratte la croûte … et voilà que ça suinte … lamentable.

Et maintenant, tu vas faire quoi ? Aller au boulot avec encore une marque de plus ? Ben … ouais. Ah galère …

Ma collègue me regarde.

Je suis mal à l’aise.

Ça va ?

Heu .. oui. (Je crois bien que j’ai fait non avec la tête)

Qu’est-ce qui t’arrive ?

Hem … je ne me maquille plus ! J’ai tellement souffert, avec cette plaie … C’est comme ça que ça a commencé … en essayant de maquiller un bouton. Voilà… ma peau est comme elle est. Je dois la laisser respirer si je veux qu’elle s’améliore.

Tu as raison. C’est un grand pas que tu as franchi là.

Elle est chouette, cette collègue. Ça m’a fait du bien de pouvoir lui expliquer ma démarche.

Ce qui est chouette aussi, c’est que depuis que je ne mets plus de maquillage (et pourtant, c’était juste de la poudre … bio … de chez Zao) … quel confort ! Fini les démangeaisons, fini le soir de courir me démaquiller parce que j’ai l’impression d’étouffer. Et ma peau cicatrise encore plus vite. Et la peau autour de la cicatrice semble plus belle, moins enflammée. Que du positif.

Sauf que …

sauf que ce soir … comme hier soir … j’ai de nouveau scruté mon visage. Je ne supporte pas le moindre petit relief, la moindre ombre de bouton, ou de micro kyste. J’ai pas pu résister : j’en ai grattouillé … quatre … cinq ? Je ne me suis pas acharnée. Mais j’ai bel et bien agressé ma peau. C’est pas possible ! Mais pourquoi je fais ça ? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond ?

Au boulot … ça va plutôt bien.

Mon homme … il est plutôt chouette. Un peu grognon parfois, genre ours mal léché. Mais bon … gentil quand-même, le grizzli. Souvent, il me saute dessus et chaque fois, je me demande : comment peut il encore avoir envie de me sauter dessus avec la tête que j’ai ? Parce que moi, là : j’ai pas envie … moi … qu’il me saute dessus.

Je me pose une question … dérangeante.

J’ai pas envie qu’il me saute dessus … parce que je suis toute égratignée ?

Ou …

Je suis toute égratignée parce que … ?

Franchement … je ne sais pas. J’espère que le psy pourra m’aider à comprendre qu’est-ce qui cloche.

Et les enfants ? Épuisants … enfin … épuisant : l’aîné. On a du mal avec lui depuis la crèche. Dix ans qu’on se bat au quotidien avec un enfant « difficile ».

Sa maîtresse, sa gentille maîtresse s’inquiète pour son entrée au collège. Nous aussi, on s’inquiète.

La directrice du périscolaire a cru judicieux de justifier son incapacité à le gérer d’expliquer son comportement à ses petits copains en leur faisant un cours sur l’autisme ! Ben voyons ! Rien que ça. Et depuis, c’est pire ! Bravo ! Même à la maison, ça ne va plus. Pauvre gamin.

Cher enfant … je t’aime … tu es juste … magnifique, fort, en pleine santé, intelligent, sensible, gentil … et … tellement fragile. Angoissé, un peu rigide, très peu de copains … attaché à tes doudous … tes habitudes … tes petits trésors. Tu grandis, à ton rythme : et alors ?

Cher enfant … ta maman est fatiguée.

Fatiguée parce que pendant des mois, elle s’est traînée avec une vilaine plaie.

Fatiguée aussi parce que chaque jour, il faut se battre pour des choses qui devraient aller de soi : t’habiller, te laver, venir à table, répondre, faire tes devoirs, te brosser les dents, te coucher … Dit comme ça, ça n’a l’air de rien. Et je me suis souvent dit : j’ai deux beaux enfants en pleine santé et … et j’ose me plaindre de quelque chose ?!

C’est de me battre qui m’use. Quand la force et les cris prennent le pas sur la patience. Quand l’exaspération l’emporte sur la compréhension. Là où je ne voudrais qu’amour et douceur … il y a parfois la guerre. Ça … je ne le supporte pas. Et ta résistance, dans ces moments là, est à la hauteur de notre détresse.

Hier soir, j’ai crié ma rage, pleuré mon ras le bol. Et ce soir … toi … tu as été le plus adorable des petits bonhommes.

Jour 36 : qu’est-ce qui cloche ?

Grattage : une demi-heure au moins …

Humeur : pensive

Maman quand est-ce que t’auras plus de bobos ?

Pom27 (auteure du blog Peauwer : Journal intime d’une dermatillomaniac) m’a posé cette question aujourd’hui : est-ce que mes enfants savent ce que je fais dans la salle de bains ? Est-ce qu’ils remarquent mes plaies ?

Mes enfants m’ont toujours connue avec mes « bobos » . Il y a eu des hauts et des bas. Après la naissance de mon premier enfant, j’ai eu une peau presque nickel pendant un an environ. Maman n’est pas toujours restée à la maison pendant que les enfants allaient à la piscine avec papa. Oui, bien sûr qu’ils les voient.

Maman, pourquoi t’as des bobos ? Maman, quand est-ce que tu viendras avec nous à la piscine ? C’est moche, tes bobos … Maman ; quand-est ce que je pourrai inviter mes copains à la maison ? Maman ; quand-est ce que t’auras plus de bobos ?

J’ai des bobos parce que quand j’étais plus jeune, j’ai mangé plein de trucs pollués. J’ai des bobos parce que je suis stressée. Bon … c’est moche sur ma figure … mais c’est pas une maladie grave, c’est juste … embêtant.

Maman ! Sors de ta salle de bains maintenant ! Maman … tu viens jouer ? … tu viens lire une histoire ? … tu montes faire un câlin ? Ah, les câlins. Je les ai souvent serrés, fort, longtemps, tendrement, mes enfants. J’embrassais leur petites joues toutes douces. Je crois bien que, souvent, le soir avant d’aller dormir et que j’allais les voir, après être passée au miroir … je venais m’accrocher à eux, respirer leur innocence.

Je sors de pas loin d’une année avec une galère pas possible : une plaie après l’autre, moches, longues à cicatriser, et pour finir une plaie qui ne guérissait pas. L’enfer … j’en ai pleuré … de désespoir, d’épuisement. Je faisais face au quotidien : le boulot, la maison, les tâches ménagères, les enfants. J’étais toujours la petite maman douce et câline, toujours le brave petit soldat consciencieux au boulot, un peu moins la compagne enjouée. J’essayais de continuer à rire, jouer, sortir prendre l’air quand-même. Et régulièrement, je craquais : j’en peux pluuuuuuuuus !

J’ai encore des bobos parce que je gratte encore un peu trop mes petits boutons mais rien à voir avec l’enfer que je viens de traverser. Je vais mieux, bien mieux ! Je compte bien ne plus jamais revivre ça et aussi … je compte bien finir par faire la paix avec ma peau.

J’ai deux garçons, je n’ai pas trop peur des les voir un jour m’imiter. Mais j’ai envie d’être pour eux une jolie maman, une maman gaie, disponible, énergique … bien dans sa peau.

Je leur ai expliqué, un peu, que je gratte ma figure quand je suis énervée. Je leur ai dit, aussi que j’allais prendre soin de moi, arrêter. Quand je suis allée me faire masser, je leur ai dit : Hé ! Vous savez quoi ?! Je vais me payer un massage ! Ça va me faire du bien, je vais revenir détendue, en forme. Cette fois c’est de moi que je m’occupe ! A tout à l’heure ! Bisouuuuuuuuuuus !

Il y a quelques jours , fâchée, énervée parce qu’ils nous en faisaient voir de toutes les couleurs, j’ai hurlé : vous allez arrêter ! Et oui, je crie ! Et non, je ne vais pas me gratter la figure parce que je suis énervée ! Non ! Je ne vais pas gratter ma figure !

Ouais ben … j’ai gratté quand-même … quelques jours plus tard. Gratter moins souvent, moins longtemps, moins fort … Arrêter … je veux arrêter … je vais arrêter.

Les marques des boutons que j’ai grattés il y a deux jours continuent de s’estomper. Encore quelques boutons qui m’embêtent sur le menton. Celui qui était planqué en profondeur est monté en surface, accompagné de petits frères. Grrrr … heu … oui, je les ai grattouillés, un peu, sans m’acharner. Je n’ai plus mis de biseptine sur ma peau, ce soir. Juste quelques gouttes d’huile essentielle de lavande, sur le menton.

Jour 28 : mercredi … soleil … dehors les enfants !

Grattage : 10 minutes … sur le menton … m’énervent ces boutons

Humeur : confiante

Ne pas toucher aux boutons …

… j’ai passé la journée entière sans aucune tentation de triturer quoi que ce soit. Et ce soir, mon homme me regardait : hé ! ça va vraiment mieux ta peau, hein ? J’étais contente. Et mon herpès aussi, est en train de s’éteindre, à force de décoctions de buis. Six tasses par jour : ça a stoppé net mon herpès en 48 heures.

Ce soir, je me regarde dans la salle de bains. Le voile de cicalfate que j’avais estompé sur mes joues pour ne pas juste mettre deux ou trois ronds blancs par ci par là avait complètement disparu sauf sur les zones égratignées auxquelles il s’est encroûté, si je puis dire. Bref, c’est pas que c’est moche mais c’est tout sauf discret. Je me lave le visage, je frotte un peu pour enlever toutes ces traces blanches et évidemment, ça saignote, puis ça suinte. J’en ai marre, marre … ça m’énerve, ça me stresse … et je ne trouve rien de mieux à faire que d’aller me venger sur deux petits boutons, juste là au bout de mon menton. Voilà ! T’es content ?! Hem … ma parole, je leur parle, à mes boutons … c’est grave doc ? J’ai parfaitement conscience de ce que je fais et pourtant je continue. Je mesure ma force pour ne pas trop blesser ma peau. Je suis tellement énervée, que je m’en prends ensuite à deux autres petits boutons sur le front. Et je commence à inspecter mes joues, je commence à gratter un petit truc là, et au autre ici. Et je m’arrête ! Pas les joues ! C’est beaucoup trop fragile, la peau des joues.

Mon fils aîné m’appelle : maman … tu viens me raconter une histoire ? Oui, j’arrive. J’arrive … ça fait plus de dix minutes qu’il m’appelle et que je lui réponds que je ne peux pas venir tout de suite. Finalement, papa y va. Je le regarde, pas fière.

Tout à l’heure, mon homme m’a regardée, grondée : mais qu’est ce que t’as foutu ?! T’as plein de marques rouges partout ! Je lui réponds que c’est rien. C’est rouge parce que je viens d’y toucher, demain on verra plus rien. Enfin je l’espère. Il me demande pourquoi je fais ça. Je ne suis pas sûre. Au moment de coucher les enfants, notre aîné a été difficile (comme souvent) et j’ai baissé les bras quand il est resté sur le canapé, immobile, au lieu de monter se brosser les dents. J’ai tourné les talons et je suis allées me … « laver ».

Houlala … j’ai intérêt à me trouver un bon psy.

Jour 14 : petite crise

Grattage : 15 minutes

Dégâts : quelques rougeurs, pas de peau arrachée