Folle ?

je suis une maman

deux enfants

adorables

adorés

le plus jeune

câlin – espiègle – généreux

l’aîné

sensible – torturé – difficile

16 heures

retour des enfants

le plus jeune prend un gros goûter

n’a pas de devoir

demande à jouer sur le portable

c’est non

l’aîné

a trainé 10 minutes avant de rentrer

ne répond pas quand on lui propose de venir goûter

monte sans un mot dans sa chambre

16 heures 30 – le grand demande

je peux sortir ?

tu veux aller où ?

je peux sortir ?

dis moi où tu vas !

je peux sortir ?

non ! je veux que tu me dises où tu vas !

la porte d’entrée claque

soupir

je l’entends qui fait de la trottinette autour de la maison

sourire

plus rien

je regarde dehors

il est parti

agacement

et le petit qui commence à négocier

si je te lis un livre, je pourrai avoir le portable ?

heu … mouais …

fin de la lecture

j’ai changé d’avis

ça suffit les écrans ! pas tous les jours !

pas content le petit

ta chambre est rangée au moins ?

oui !

vraiment ?

je monte voir

mouais … c’est un peu moins pire qu’hier, en effet

je veux que tu fasses un exercice d’écriture !

j’ai déjà écrit plein de trucs à l’école !

oui mais t’as jamais de devoirs et ton écriture est catastrophique !

non c’est pas vrai !

on fait un petit exo !

17h30 – le grand n’est toujours pas rentré

je propose à son petit frère d’aller le chercher

ça nous fera une balade

il est ravi de partir en balade avec moi

on sort

et qui voilà ? le grand qui revient, suivi d’un copain

le copain a fait ses devoirs

mon grand non

rentre maintenant, il faut faire les devoirs

non, je reste encore dehors !

non, tu rentres !

et le petit frère qui veut sa balade, maintenant

zut zut et zut

bon OK

je laisse le grand repartir

et je suis le petit frère qui est parti sans m’attendre

hé ! reviens ! on va pas par là !

trop tard, il est parti comme une flèche

j’en ai marre

je vois au loin le grand frère qui part en direction de la route principale

là s’en est trop

je dis au petit frère de m’attendre et je fonce rattraper le grand

je l’appelle

il m’ignore et continue

je le rattrape et le bloque

fâchée

je lui dis de rentrer

tout

de

suite !

on rentre

le grand suit derrière, de loin

18h15 – retour à la maison

je suis fâchée

je sermonne

je gronde

il répond – résiste

c’est l’heure de manger

rien n’est prêt

les devoirs ne sont pas faits

viens faire tes devoirs !

arrête de crier !

tu te dépêches et puis c’est tout !

non !

…….

je l’attrape

je le tiens face à moi

et je crie

et il répond

tu t’excuses !

il me regarde avec défiance

excuse toi !

je craque

je lui mets des tapes

je hurle

je lui dis toute la rancœur que j’ai

pour toutes les fois où

il a désobéi

pas répondu

embêté son frère

m’a manqué de respect

une demi-heure de colère et de reproches

et de mots malheureux aussi

j’entends même pas le papa qui rentre

il était temps

je lui dis : ça se passe mal

je lui raconte tout

je me calme

le calme revient

on fait les devoirs

on mange

j’explique à mon fils

non pas que je regrette

mais que je suis triste

l’amour n’empêche pas la guerre

la guerre – ça fait mal

et plus mal encore quand c’est avec quelqu’un qu’on aime

fort

je le prends dans mes bras

longtemps

il accepte ce câlin

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Jour 71 : tempête dans le coeur d’une maman

Grattage : gratté quelques petites croûtes – 5 minutes

Peau : moyen

Plaie : elle résiste mais je désespère pas

Humeur : mélancolique

Qu’est-ce qui m’arrive ?

Il y a deux jours, déjà, je parlais de fatigue. Et hier soir, je parlais de dormir plus, ou du moins à des horaires plus sains.

Et pourquoi alors, je reste au lit jusqu’à midi ? Pourquoi est-ce que je me traîne comme une chiffe molle, incapable de ranger mon bureau, changer les lits des enfants, passer un coup d’aspi …

Et pourquoi je m’endors au milieu de l’après-midi, sous mon bouquin ? Et pourquoi, je m’écroule sur le canapé, à peine les enfants couchés ?

C’est quoi le truc ?! Maintenant que ça va mieux, après des mois à me battre avec une plaie qui ne voulait pas guérir. Après avoir retrouvé le sourire, dit : enfin ! Ah ! Je revis ! Et bla bla et bla bli … Ça y est je vais sortir, sortir du tunnel, sortir au grand air, faire du sport, faire tout ce que je ne faisais plus, depuis trop longtemps. Et alors quoi ? Les sourires ont fait place à des soupirs. Allez merde ; ressaisis toi ! T’as enfin compris quel était ton problème. Tu touches beaucoup moins à ton visage ; ta peau va mieux. Oui mais … pauvre visage … meurtri, marqué. Je m’en veux tellement. Cet après-midi, je regardais cette petite croûte, encore fragile, et qui commence à se soulever, sur cette égratignure qui peine tant à guérir. Je l’ai effleurée. J’ai failli l’arracher cette croûte ; j’ai commencé à tirer sur son bord. Et une petite voix s’est élevée : stop ! mais qu’est-ce que tu fous ! T’es folle ou quoi ?! J’ai su arrêter mon geste et là je l’ai ressenti, cette rage, cette colère, ce ras le bol que j’étais en train de retourner contre moi. Ouf ! C’est pas passé loin. Juste un répit, ou une réelle prise de conscience ? Prise de conscience, je crois.

Le dermato l’avait dit. Oui, je vais avoir besoin d’aide. Pas seulement pour me débarrasser de ce problème de grattage. Je dois bien l’admettre : j’ai besoin d’aide tout court. J’ai trop encaissé, trop résisté. Le boulot, le manque de considération, les enfants, les soucis, la maison, les travaux, le jardin abandonné, mes plaies … et le monde … qui va si mal. Je n’en peux plus de tout ce gâchis, de toute cette bêtise dans un monde qui ne devrait être qu’émerveillement. J’ai juste besoin … d’un rayon de soleil.

Ce soir … pas de résolution pour demain, si ce n’est celle de faire au moins … un chouette truc.

Jour 10 : grosse déprime

Grattage : aucun