Quelle plaie !

Regardons les choses en face.

Trois fois en un mois, le même « bouton », au même endroit dans ce que j’appelle désormais la zone merdique.

Cicatrisation difficile à chaque fois. Là … il faut se rendre à l’évidence : ça fait trois semaines que ça dure et depuis quelques jours, ça tourne franchement en rond.

Peur.

Peur de revivre l’enfer.

Revivre ça une deuxième fois … je ne pourrai pas. Aller travailler avec un sparadrap sur une plaie humide et qui démange et passer ensuite la soirée à nettoyer … tamponner … puis une partie de la nuit à faire le travail en retard. Ça … pendant bien huit mois. Quand j’y repense je me demande comment j’ai tenu. Je crois bien que j’ai tenu parce que j’ai souvent cru voir le bout de tunnel.

Je n’en suis pas là, et de loin !

Mais j’ai peur.

Trois semaines … c’est bien assez.

Plus question de rester seule face à mon problème.

Je viens d’envoyer un mail à la chirurgienne qui m’avait opérée. J’aimerais qu’elle regarde. Voir s’il faut envisager une nouvelle opération.

En attendant, demain je fonce chez ma généraliste. Pour avoir son avis et pour lui demander une semaine d’arrêt. Je n’arrive plus à faire face : le boulot, la maison, un enfant difficile, ma peau … j’ai tenu comme ça près d’un an. Je n’ai plus la force. Je dois me reposer. Il y a urgence parce que je suis à deux doigts de craquer.

J’ai juste besoin d’entendre la chirurgienne me dire qu’elle ne me laisse pas tomber. Qu’elle me dise : OK … écoutez … on se donne encore deux semaines pour voir comment ça évolue et si dans deux semaines ça ne va pas mieux, on programmera une intervention. Juste ça et je retrouve illico le sourire. Les hôpitaux sont surchargés. Et j’ai bien vu, comment, pendant des mois, je me suis fait balader de RDV en examens : un parcours du combattant !

Jour 60 : peur

Grattage : non

Évolution : ça ne guérit pas et ça n’est pas normal

Humeur : abattue

pluie

Grosse fatigue

semaine chargée

nuits trop courtes

vendredi soir

les enfants en pyjama à huit heures : yes !

deux enfants

deux ordis

une maman

un canapé

30 minutes de pause

un papa

du bricolage à faire dehors

( lui ? faire une pause ? jamais ! )

bam bam bam

des coups de marteau ?

non

papa effaré

papa qui vient de jeter un œil par la fenêtre au RDC

pour faire coucou à sa douce

tel Roméo, perché sur son escabeau

mais

derrière la fenêtre

deux bambins avec des yeux en forme d’écran !

quoi ?! au lit ! filez bandits !

… bon  ben … cette fois j’ai pu voir le conseil de Koh-Lanta … au moins

Jour 51 : grosse fatigue

Évolution : plaie un peu inflammée aujourd’hui – la cicatrisation a progressé quand-même

Soin : du pus sous la croûte – nettoyage doux – désinfection – pas touche – pas mouiller

Peau : les mini croûtes des mini boutons grattouillés sont en train de partir – peau globalement plus apaisée qu’hier – pas de lavage pour ce soir

Grattage : non

Humeur : comme ma peau … apaisée

 

et demain matin …

repos

 

Qu’est-ce qui m’arrive ?

Il y a deux jours, déjà, je parlais de fatigue. Et hier soir, je parlais de dormir plus, ou du moins à des horaires plus sains.

Et pourquoi alors, je reste au lit jusqu’à midi ? Pourquoi est-ce que je me traîne comme une chiffe molle, incapable de ranger mon bureau, changer les lits des enfants, passer un coup d’aspi …

Et pourquoi je m’endors au milieu de l’après-midi, sous mon bouquin ? Et pourquoi, je m’écroule sur le canapé, à peine les enfants couchés ?

C’est quoi le truc ?! Maintenant que ça va mieux, après des mois à me battre avec une plaie qui ne voulait pas guérir. Après avoir retrouvé le sourire, dit : enfin ! Ah ! Je revis ! Et bla bla et bla bli … Ça y est je vais sortir, sortir du tunnel, sortir au grand air, faire du sport, faire tout ce que je ne faisais plus, depuis trop longtemps. Et alors quoi ? Les sourires ont fait place à des soupirs. Allez merde ; ressaisis toi ! T’as enfin compris quel était ton problème. Tu touches beaucoup moins à ton visage ; ta peau va mieux. Oui mais … pauvre visage … meurtri, marqué. Je m’en veux tellement. Cet après-midi, je regardais cette petite croûte, encore fragile, et qui commence à se soulever, sur cette égratignure qui peine tant à guérir. Je l’ai effleurée. J’ai failli l’arracher cette croûte ; j’ai commencé à tirer sur son bord. Et une petite voix s’est élevée : stop ! mais qu’est-ce que tu fous ! T’es folle ou quoi ?! J’ai su arrêter mon geste et là je l’ai ressenti, cette rage, cette colère, ce ras le bol que j’étais en train de retourner contre moi. Ouf ! C’est pas passé loin. Juste un répit, ou une réelle prise de conscience ? Prise de conscience, je crois.

Le dermato l’avait dit. Oui, je vais avoir besoin d’aide. Pas seulement pour me débarrasser de ce problème de grattage. Je dois bien l’admettre : j’ai besoin d’aide tout court. J’ai trop encaissé, trop résisté. Le boulot, le manque de considération, les enfants, les soucis, la maison, les travaux, le jardin abandonné, mes plaies … et le monde … qui va si mal. Je n’en peux plus de tout ce gâchis, de toute cette bêtise dans un monde qui ne devrait être qu’émerveillement. J’ai juste besoin … d’un rayon de soleil.

Ce soir … pas de résolution pour demain, si ce n’est celle de faire au moins … un chouette truc.

Jour 10 : grosse déprime

Grattage : aucun