J’ai craqué

Ça faisait près d’un mois que je tenais bon

et ça progressait

lentement

mais sûrement

Environ une fois par jour

je lui disais

allez quoi

Et moi j’étais

tantôt

gentille

agacée

énervée

résignée

Et j’ai tout essayé

la récompense

la punition

la menace

l’indifférence

Rien à faire

ça lui était égal

il réagissait pas

il entendait pas

il avait toujours mieux à faire

J’ai aussi essayé

le sermon

les métaphores

montrer l’exemple

Et pourquoi pas

moi aussi

comme lui

m’en fiche

mais en fait non

on se refait pas

Bref, j’ai craqué

ce soir

c’est moi

qui ai mis un genou à terre

C’est moi qui l’ai fait

oui

moi

j’ai rangé la chambre de mon fils

Et vous savez quoi ?

ça m’a fait du bien

je devrais peut être lui expliquer

à mon fils

tu sais

ça fait toujours du bien, de ranger

je crois qu’il comprendrait pas

ou alors qu’il me répondrait

ça fait toujours du bien, de laisser tout en plan

C’est pas faux

planer

Jour 80 : ranger un peu

Grattage : non

Évolution : +++

Humeur : optimiste

P.S . quand je vous dis

que j’ai tenu un mois

c’est pas une blague

j’ai vraiment tenu un mois à voir la chambre de mon petit garçon illustrer la merveilleuse loi de l’entropie. L’étagère qui semblait vouloir vomir son bric à brac. Des feutres éparpillés jusque sous le lit, certains sans capuchon. Des dessins étalés de partout, parfois froissés parce qu’il était devenu impossible de rentrer dans la chambre sans trébucher sur un jouet ou piétiner un de ses chefs d’œuvre. Mon fils est un artiste.

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Folle ?

je suis une maman

deux enfants

adorables

adorés

le plus jeune

câlin – espiègle – généreux

l’aîné

sensible – torturé – difficile

16 heures

retour des enfants

le plus jeune prend un gros goûter

n’a pas de devoir

demande à jouer sur le portable

c’est non

l’aîné

a trainé 10 minutes avant de rentrer

ne répond pas quand on lui propose de venir goûter

monte sans un mot dans sa chambre

16 heures 30 – le grand demande

je peux sortir ?

tu veux aller où ?

je peux sortir ?

dis moi où tu vas !

je peux sortir ?

non ! je veux que tu me dises où tu vas !

la porte d’entrée claque

soupir

je l’entends qui fait de la trottinette autour de la maison

sourire

plus rien

je regarde dehors

il est parti

agacement

et le petit qui commence à négocier

si je te lis un livre, je pourrai avoir le portable ?

heu … mouais …

fin de la lecture

j’ai changé d’avis

ça suffit les écrans ! pas tous les jours !

pas content le petit

ta chambre est rangée au moins ?

oui !

vraiment ?

je monte voir

mouais … c’est un peu moins pire qu’hier, en effet

je veux que tu fasses un exercice d’écriture !

j’ai déjà écrit plein de trucs à l’école !

oui mais t’as jamais de devoirs et ton écriture est catastrophique !

non c’est pas vrai !

on fait un petit exo !

17h30 – le grand n’est toujours pas rentré

je propose à son petit frère d’aller le chercher

ça nous fera une balade

il est ravi de partir en balade avec moi

on sort

et qui voilà ? le grand qui revient, suivi d’un copain

le copain a fait ses devoirs

mon grand non

rentre maintenant, il faut faire les devoirs

non, je reste encore dehors !

non, tu rentres !

et le petit frère qui veut sa balade, maintenant

zut zut et zut

bon OK

je laisse le grand repartir

et je suis le petit frère qui est parti sans m’attendre

hé ! reviens ! on va pas par là !

trop tard, il est parti comme une flèche

j’en ai marre

je vois au loin le grand frère qui part en direction de la route principale

là s’en est trop

je dis au petit frère de m’attendre et je fonce rattraper le grand

je l’appelle

il m’ignore et continue

je le rattrape et le bloque

fâchée

je lui dis de rentrer

tout

de

suite !

on rentre

le grand suit derrière, de loin

18h15 – retour à la maison

je suis fâchée

je sermonne

je gronde

il répond – résiste

c’est l’heure de manger

rien n’est prêt

les devoirs ne sont pas faits

viens faire tes devoirs !

arrête de crier !

tu te dépêches et puis c’est tout !

non !

…….

je l’attrape

je le tiens face à moi

et je crie

et il répond

tu t’excuses !

il me regarde avec défiance

excuse toi !

je craque

je lui mets des tapes

je hurle

je lui dis toute la rancœur que j’ai

pour toutes les fois où

il a désobéi

pas répondu

embêté son frère

m’a manqué de respect

une demi-heure de colère et de reproches

et de mots malheureux aussi

j’entends même pas le papa qui rentre

il était temps

je lui dis : ça se passe mal

je lui raconte tout

je me calme

le calme revient

on fait les devoirs

on mange

j’explique à mon fils

non pas que je regrette

mais que je suis triste

l’amour n’empêche pas la guerre

la guerre – ça fait mal

et plus mal encore quand c’est avec quelqu’un qu’on aime

fort

je le prends dans mes bras

longtemps

il accepte ce câlin

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Jour 71 : tempête dans le coeur d’une maman

Grattage : gratté quelques petites croûtes – 5 minutes

Peau : moyen

Plaie : elle résiste mais je désespère pas

Humeur : mélancolique

Crise ?

Hier soir déjà, je m’étais penchée un peu trop près sur ma peau. Et ce tout petit truc, là, que j’avais commencé à triturer … bingo : une croûte. Et moi ce matin … je fais quoi ? Je gratte la croûte … et voilà que ça suinte … lamentable.

Et maintenant, tu vas faire quoi ? Aller au boulot avec encore une marque de plus ? Ben … ouais. Ah galère …

Ma collègue me regarde.

Je suis mal à l’aise.

Ça va ?

Heu .. oui. (Je crois bien que j’ai fait non avec la tête)

Qu’est-ce qui t’arrive ?

Hem … je ne me maquille plus ! J’ai tellement souffert, avec cette plaie … C’est comme ça que ça a commencé … en essayant de maquiller un bouton. Voilà… ma peau est comme elle est. Je dois la laisser respirer si je veux qu’elle s’améliore.

Tu as raison. C’est un grand pas que tu as franchi là.

Elle est chouette, cette collègue. Ça m’a fait du bien de pouvoir lui expliquer ma démarche.

Ce qui est chouette aussi, c’est que depuis que je ne mets plus de maquillage (et pourtant, c’était juste de la poudre … bio … de chez Zao) … quel confort ! Fini les démangeaisons, fini le soir de courir me démaquiller parce que j’ai l’impression d’étouffer. Et ma peau cicatrise encore plus vite. Et la peau autour de la cicatrice semble plus belle, moins enflammée. Que du positif.

Sauf que …

sauf que ce soir … comme hier soir … j’ai de nouveau scruté mon visage. Je ne supporte pas le moindre petit relief, la moindre ombre de bouton, ou de micro kyste. J’ai pas pu résister : j’en ai grattouillé … quatre … cinq ? Je ne me suis pas acharnée. Mais j’ai bel et bien agressé ma peau. C’est pas possible ! Mais pourquoi je fais ça ? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond ?

Au boulot … ça va plutôt bien.

Mon homme … il est plutôt chouette. Un peu grognon parfois, genre ours mal léché. Mais bon … gentil quand-même, le grizzli. Souvent, il me saute dessus et chaque fois, je me demande : comment peut il encore avoir envie de me sauter dessus avec la tête que j’ai ? Parce que moi, là : j’ai pas envie … moi … qu’il me saute dessus.

Je me pose une question … dérangeante.

J’ai pas envie qu’il me saute dessus … parce que je suis toute égratignée ?

Ou …

Je suis toute égratignée parce que … ?

Franchement … je ne sais pas. J’espère que le psy pourra m’aider à comprendre qu’est-ce qui cloche.

Et les enfants ? Épuisants … enfin … épuisant : l’aîné. On a du mal avec lui depuis la crèche. Dix ans qu’on se bat au quotidien avec un enfant « difficile ».

Sa maîtresse, sa gentille maîtresse s’inquiète pour son entrée au collège. Nous aussi, on s’inquiète.

La directrice du périscolaire a cru judicieux de justifier son incapacité à le gérer d’expliquer son comportement à ses petits copains en leur faisant un cours sur l’autisme ! Ben voyons ! Rien que ça. Et depuis, c’est pire ! Bravo ! Même à la maison, ça ne va plus. Pauvre gamin.

Cher enfant … je t’aime … tu es juste … magnifique, fort, en pleine santé, intelligent, sensible, gentil … et … tellement fragile. Angoissé, un peu rigide, très peu de copains … attaché à tes doudous … tes habitudes … tes petits trésors. Tu grandis, à ton rythme : et alors ?

Cher enfant … ta maman est fatiguée.

Fatiguée parce que pendant des mois, elle s’est traînée avec une vilaine plaie.

Fatiguée aussi parce que chaque jour, il faut se battre pour des choses qui devraient aller de soi : t’habiller, te laver, venir à table, répondre, faire tes devoirs, te brosser les dents, te coucher … Dit comme ça, ça n’a l’air de rien. Et je me suis souvent dit : j’ai deux beaux enfants en pleine santé et … et j’ose me plaindre de quelque chose ?!

C’est de me battre qui m’use. Quand la force et les cris prennent le pas sur la patience. Quand l’exaspération l’emporte sur la compréhension. Là où je ne voudrais qu’amour et douceur … il y a parfois la guerre. Ça … je ne le supporte pas. Et ta résistance, dans ces moments là, est à la hauteur de notre détresse.

Hier soir, j’ai crié ma rage, pleuré mon ras le bol. Et ce soir … toi … tu as été le plus adorable des petits bonhommes.

Jour 36 : qu’est-ce qui cloche ?

Grattage : une demi-heure au moins …

Humeur : pensive