Libre

sortir sans maquillage

se coucher

sans se demander

quelle tête j’aurai au réveil

comment je vais camoufler ci ou ça

j’suis pas encore guérie

mais

déjà

quelle libération !

nature

Jour 70 : se libérer

Grattage : ma plaie allant mieux – espoir – je me suis autorisée un vrai lavage du visage – en douceur mais à grande eau – et après – soupir – pas pu m’empêcher de grattouiller – boutons – croûtes – microkystes – désespérant – pas vraiment de dégât – m’enfin … bref

Humeur : positive quand-même

Objectif : ne pas recommencer demain

Jolie voisine

Ce soir, après une longue journée, je retrouve tout le monde au jardin. La voisine aussi, jardine. Les enfants jouent avec leur fils aîné, c’est sympa. Mon grizzli, grognon parfois mais sociable souvent, engage la conversation avec la voisine. Je reste en retrait, comme j’ai le plus souvent fait, depuis un an qu’ils sont là nos nouveaux voisins : un jeune couple avec deux enfants, à peine plus jeunes que les nôtres. J’entends qu’elle propose de partager un pied de menthe. J’hésite … et puis zut … j’y vais !

Bonjour 🙂

Oh merci !

L’échange ne dure pas très longtemps. Je suis face à elle, et je la regarde dans les yeux. Elle aussi me regarde, avec ses grands yeux. Voilà, je suis là, comme je suis, sans maquillage avec ma peau pourrie et … j’assume !

Je remarque au passage qu’elle a quelques cicatrices d’acné. A peine visibles. J’avais jamais remarqué avant. Je me dis qu’elle a peut-être aussi connu ça : l’enfer d’une peau pourrie. Peut être qu’elle y repense un instant, là, en me regardant.

Jour 48 : assumer … de mieux en mieux

P.S. je vous ai pas dit. Dimanche soir, j’ai estimé que la croûte n’était pas si affreuse à voir. Après tout, ça n’est pas une plaie infectée, suintante … Donc : j’ai décidé de ne plus la planquer sous un sparadrap, même au boulot !

Grattage : non

Évolution / soins : la cicatrisation continue sous la croûte – croûte molle et boursouflée ce soir – j’ai fait tomber la croûte – ôté délicatement les tissus morts – désinfecté (un minimum, toujours, après une manipulation) – plaie rose et saine – surface réduite de moitié  par rapport à ce week-end – évolution très favorable : je suis contente

Humeur : envie de profiter des beaux jours

Le calme après la tempête

Je me suis réveillée avec cette affreuse croûte, moche et triple moche, mais … sèche. Pas de démangeaison, pas de douleur … juste un gros bleu à l’âme et ce sentiment de désespoir.

J’ai RDV en fin de matinée pour un soin détente, un massage du corps. Parce que j’ai décidé de me faire du bien. La fille est très sympa. Je lui ai déjà parlé de mes soucis de peau. Je ne lui ai pas dit que je souffrais de dermatillomanie: juste dit que j’ai longtemps eu de l’acné et que j’ai encore des soucis, comme des séquelles. C’est en partie vrai : la peau plus épaisse, enflammée, des kystes qui se réveillent épisodiquement … Tout cela ne pourra revenir à la normale que si je laisse définitivement ma peau tranquille. C’est un terrible cercle vicieux.  Et, oui : en ce qui me concerne, ma dermatillomanie est bel et bien une séquelle de mon acné.

Quand j’ai pris mon RDV, je l’ai prévenue gentiment : je viens chez vous sans maquillage. J’ai senti chez elle une réelle bienveillance, pas juste une gentillesse de façade, purement commerciale. J’arrive, je croise une cliente qui me salue poliment et ne semble pas prêter attention à mon visage et mon sparadrap. La fille me sourit : alors, ça va mieux ? Je lui réponds que oui. Pas envie d’arriver en faisant grise mine et de pleurnicher sur les conséquences de ma bêtise.

Elle masse vraiment bien, s’attarde sur des points noués dans le haut du dos. Je parle peu ; lui pose quelques questions sur son salon. Elle évoque ses enfants, moi les miens. J’en viens à lui parler des soucis que nous avons avec notre aîné, aux difficultés qu’il a traversées, l’année de son CP, les brimades dont il a souffert. Le massage, se termine. J’ai les yeux humides.

Ça va ?

Oui … heu … enfin … là … en vous parlant … j’ai des émotions qui sont remontées.

Oui ! C’est normal. Le massage fait circuler les énergies ; il y a toujours des choses qui remontent. C’est très bien. Je vous laisse vous rhabiller … à tout de suite.

Je me sens bien, détendue. Je lui demande un RDV pour dans un mois. Son agenda est complet. RDV est fixé dans six semaines. J’aimerais tellement arriver au prochain RDV avec une peau normale, sans marque de grattage, ni plaie, ni croûte.

Après le repas, on sort, c’était prévu. Aller m’acheter des chaussures ; et écouler un bon cadeaux des enfants. J’entre dans la boutique. Toujours avec mon gros sparadrap et toujours sans aucun maquillage. J’ai sur moi, cette délicieuse odeur de l’huile de massage. Ça m’aide à me sentir bien. Je prends mon air « tout va bien » et le vendeur, lui aussi, me regarde comme si tout allait bien. J’en oublierai presque je suis  à moitié défigurée. Mais quand je lève les yeux, le miroir est là pour me le rappeler. Je baisse les yeux aussi sec.

En rentrant, j’enlève le sparadrap qui me grattouillait quand-même un peu. C’est toujours aussi moche mais pas de signe d’infection. J’arrive à oublier cette plaie le temps de la soirée. Au moment de brosser les dents, je vois un bord qui se décolle. Je tire dessus et … zut … voilà la moitié de la croûte qui part dans la foulée. Dessous … ça suinte. Oh misère ! Je pose une compresse stérile dessus, que je fixe avec un petit sparadrap et je file me coucher, agacée et inquiète.

Jour 16 : assumer

Évolution : ni pire, ni vraiment mieux