Un dimanche heureux

La vie est tout de suite plus belle quand le ciel est bleu. Mon homme m’a laissé dormir. Il ne fait pas non plus de commentaire sur l’heure qu’il est et j’entends les enfants qui jouent. J’ai encore dans la tête de biens étranges rêves faits dans la matinée, des rêves un peu torturés mais plein de couleurs et incroyablement lumineux. Miroir ? Ma plaie a à peu près la même tête qu’il y a deux jours. Cette fois j’ai dormi sans la couvrir et je crois que c’est mieux. Je compte bien ne pas y toucher, cette fois, à cette satanée croûte.

Je prépare un thé et j’attrape un enfant pour le manger câliner. Je descends vider la machine. Je suspends une partie du linge sur la terrasse. J’adore ça, suspendre du linge propre dehors. C’est beau, c’est frais et ça sent bon. Mon thé est prêt, je le savoure avec un carré de chocolat. Tout est calme dans la maison. Je me trouve un coin de parquet baigné de soleil et je m’y allonge avec « Un océan d’amour » . Je plonge très vite dans l’album, magnifique à tous points de vue. Dans mon dos, je sens la chaleur du soleil qui me pénètre jusqu’aux os. Oublier la plaie, porter mon attention ailleurs, à tous prix.

Papa geek finit par s’inquiéter du silence. T’es où ?! Non … je ne suis pas dans la salle de bains, en train de martyriser ma croûte. Occupe toi du repas ; moi, je ne peux pas ! Cela fait près d’une semaine qu’il scotche devant les ordis, à régler des problèmes de mise à jour et régulièrement il me lance des : j’peux pas ! C’est bon j’y vais : accompagnée d’un mouflet qui veut absolument éplucher les oignons.

Mes trois hommes engouffrent chacun une montagne de spaghettis bolognaise et moi … ben moi, désespérée par mes problèmes de peau … j’ai tout essayé … tout arrêté : le sucre, le lait, le gluten, la viande aussi mais ça c’est pour d’autres raisons. J’ai tout arrêté … sauf de gratter mes boutons … Ça, ça l’a fait sourire, le dermato. Donc, les repas … je ne sais pas toujours quoi manger ou disons plutôt que j’ai parfois souvent la flemme de me préparer un vrai repas. J’ai tout ce qu’il faut dans les placards : du riz complet, de la farine de pois chiches (pour des crêpes, super simples et super bonnes), des châtaignes, des noix, du quinoa, des épices … largement de quoi manger équilibré, et  à ma faim. Mais bon, là, j’ai préféré retourner faire le chat, sur mon coin de parquet ensoleillé. Donc, après avoir mangé les légumes ; j’ai encore faim, forcément. J’hésite, parce que c’est pas terrible, et je finis quand-même par me faire un bol de pétales de maïs avec du lait de soja. Mon petit garçon me regarde : et si je mangeais un bol de corn flakes, moi aussi ? Toi ? Regarde, t’as plus faim : t’as pas fini ta bolo … et … et c’est quoi toute cette viande, là ?

On profite de cette belle météo pour aller faire un grand tour de vélo. On y va cool, on se laisse porter. C’est calme, les enfants sont heureux. C’est tout ce dont j’ai besoin : du calme, des enfants heureux. On s’arrête au parc avant de rentrer. Il y a un monde fou. J’hésite un peu … avec la tête que j’ai. Et puis on s’installe sur un banc. Les enfants partent se défouler. J’observe les gens. Encore un truc que j’adore : observer les gens, essayer de les deviner. Je vois un jeune papa, plutôt beau gosse et qui n’a pourtant pas l’air de savoir quoi faire de son grand corps, là , au milieu de tous ces bambins. Je me dis que parmi cette foule, c’est moi qui devrait être mal à l’aise. Et pourtant non.

Jour 18 : ciel bleu

Évolution : un peu moins pire ?

Grattage : 10 minutes, le soir, à me défouler sur d’inoffensifs et  minuscules boutons.

Publicités

Le calme après la tempête

Je me suis réveillée avec cette affreuse croûte, moche et triple moche, mais … sèche. Pas de démangeaison, pas de douleur … juste un gros bleu à l’âme et ce sentiment de désespoir.

J’ai RDV en fin de matinée pour un soin détente, un massage du corps. Parce que j’ai décidé de me faire du bien. La fille est très sympa. Je lui ai déjà parlé de mes soucis de peau. Je ne lui ai pas dit que je souffrais de dermatillomanie: juste dit que j’ai longtemps eu de l’acné et que j’ai encore des soucis, comme des séquelles. C’est en partie vrai : la peau plus épaisse, enflammée, des kystes qui se réveillent épisodiquement … Tout cela ne pourra revenir à la normale que si je laisse définitivement ma peau tranquille. C’est un terrible cercle vicieux.  Et, oui : en ce qui me concerne, ma dermatillomanie est bel et bien une séquelle de mon acné.

Quand j’ai pris mon RDV, je l’ai prévenue gentiment : je viens chez vous sans maquillage. J’ai senti chez elle une réelle bienveillance, pas juste une gentillesse de façade, purement commerciale. J’arrive, je croise une cliente qui me salue poliment et ne semble pas prêter attention à mon visage et mon sparadrap. La fille me sourit : alors, ça va mieux ? Je lui réponds que oui. Pas envie d’arriver en faisant grise mine et de pleurnicher sur les conséquences de ma bêtise.

Elle masse vraiment bien, s’attarde sur des points noués dans le haut du dos. Je parle peu ; lui pose quelques questions sur son salon. Elle évoque ses enfants, moi les miens. J’en viens à lui parler des soucis que nous avons avec notre aîné, aux difficultés qu’il a traversées, l’année de son CP, les brimades dont il a souffert. Le massage, se termine. J’ai les yeux humides.

Ça va ?

Oui … heu … enfin … là … en vous parlant … j’ai des émotions qui sont remontées.

Oui ! C’est normal. Le massage fait circuler les énergies ; il y a toujours des choses qui remontent. C’est très bien. Je vous laisse vous rhabiller … à tout de suite.

Je me sens bien, détendue. Je lui demande un RDV pour dans un mois. Son agenda est complet. RDV est fixé dans six semaines. J’aimerais tellement arriver au prochain RDV avec une peau normale, sans marque de grattage, ni plaie, ni croûte.

Après le repas, on sort, c’était prévu. Aller m’acheter des chaussures ; et écouler un bon cadeaux des enfants. J’entre dans la boutique. Toujours avec mon gros sparadrap et toujours sans aucun maquillage. J’ai sur moi, cette délicieuse odeur de l’huile de massage. Ça m’aide à me sentir bien. Je prends mon air « tout va bien » et le vendeur, lui aussi, me regarde comme si tout allait bien. J’en oublierai presque je suis  à moitié défigurée. Mais quand je lève les yeux, le miroir est là pour me le rappeler. Je baisse les yeux aussi sec.

En rentrant, j’enlève le sparadrap qui me grattouillait quand-même un peu. C’est toujours aussi moche mais pas de signe d’infection. J’arrive à oublier cette plaie le temps de la soirée. Au moment de brosser les dents, je vois un bord qui se décolle. Je tire dessus et … zut … voilà la moitié de la croûte qui part dans la foulée. Dessous … ça suinte. Oh misère ! Je pose une compresse stérile dessus, que je fixe avec un petit sparadrap et je file me coucher, agacée et inquiète.

Jour 16 : assumer

Évolution : ni pire, ni vraiment mieux