Fatiguée

Je n’ose même pas dire le nombre d’années que j’ai passées à souffrir de vivre toujours égratignée, à vif au sens propre.Vivre cachée, cachée sous une épaisse couche de fond de teint, cachée derrière une grosse écharpe, cachée derrière la porte. Épuisée par des nuits toujours trop courtes parce que je restais des heures devant le miroir quand tout le monde dans la maison dormait déjà.

Je veux m’en sortir, je dois m’en sortir … parce que ça n’est tout simplement plus possible. Ma peau est tellement abîmée que maintenant mes plaies, parfois, peinent à guérir.

Jour 8 : persévérer

Grattage : rien

Temps passé au miroir : 5 minutes après la douche pour  tamponner cette cicatrice égratignée qui a tant de mal à cicatriser

Espoir : ça semble vouloir guérir … tout … tout … doucement

 

Peur du miroir

Je me suis réveillée en pensant à cette fichue cicatrice qui suinte. Inquiète de son évolution, j’appréhende la rencontre avec le miroir. Je me décide à aller voir. Mouais … ça n’a pas l’air trop mal. Ça croûte. Bon OK. J’ai passé le reste de la journée loin  des miroirs. Pas de démangeaison ; c’est déjà ça.

Ce soir, après la douche, la croute est partie, la peau est à vif : ça saigne. Je tamponne avec un mouchoir en papier : ça sèche en moins de 10 minutes. Hier soir, ça avait suinté une bonne demi-heure avant de sécher. J’ose espérer que c’est bon signe.

Pour le reste, mon visage va plutôt bien … si je fais abstraction des marques rouges, brunes, claires qui couvrent mes joues. Très peu de boutons, ou alors minuscules : j’arrive à les regarder sans savoir envie de les toucher. Pas de « boule » sous la peau et ça c’est cool. Juste un bouton sur le front, un peu trop gros et trop rouge pour que je puisse le snober : je l’éradique sans m’acharner. Les autres autours, plus petits, pas rouges, je leur fous la paix.

Jour 7 : ça semble s’apaiser

Grattage : un bouton trop moche à mon goût

Temps passé au miroir : 5 minutes après la douche pour  tamponner cette cicatrice qui suinte

Progrès : la petite plaie qui suintait sur le menton a laissé place a une jolie peau rose clair / la plaie sur la cicatrice semble s’apaiser.

Espoir : que l’évolution continue dans le bon sens

Point positif : j’arrive à laisser tranquille les petits boutons

Maudites cicatrices

J’ai sur le visage des cicatrices au niveau desquelles apparaissent de façon épisodique des boutons. Et si j’ai le malheur de triturer ces zones : la peau égratignée a beaucoup, beaucoup de mal à sécher et ne plus suinter. J’ai beau eu tenter d’expliquer ça à différents dermato ; on m’a toujours répondu : c’est parce que vous y touchez.

Si quelqu’un pouvait me dire pourquoi lorsque je presse ou gratte un bouton lambda, ma peau fait rapidement une croute qui sèche et qu’ensuite la peau cicatrise en quelques jours alors que sur ces zones cicatricielles la peau continue de suinter beaucoup plus longtemps. Sur ces zones (que je qualifie de merdiques),  ça suinte à n’en plus finir, parfois il se forme une croute fine qui tient 12 à 24 heures, et puis elle tombe ( sans que j’y touche ! ) et ça suinte, encore et encore … c’est un cauchemar.

Je peux vous dire, que ces cicatrices, j’évite au maximum d’y toucher.

Sauf que : il y en avait une qui me démangeait, démangeait … depuis plus de deux semaines. Je voyais qu’elle devenait rouge, puis ça semblait s’apaiser et ça recommençait. Au final, elle est redevenue rouge et boursouflée. Je n’en pouvais plus, j’ai fini par presser cette petite boursouflure. C’était un peu comme une ampoule. Il en est sorti … de la lymphe ? En tout cas : pas de pus. Sur le coup, ça m’a laissé une tout petite trace rouge qui a séché de suite. Et le lendemain, c’était toujours cette petite trace rouge et sèche. Comme une minuscule égratignure qui aurait séché. Il n’y avait plus de boursouflure. Tout allait bien et la démangeaison qui durait depuis plus de deux semaines avait disparu.

Tout allait bien et je n’y touchais absolument plus. Et puis … le surlendemain, la peau autour de la zone égratignée a réagi. J’ai continué de ne pas y toucher. Ensuite, la peau s’est mise à suinter, la zone à vif s’est élargie pour prendre exactement la surface de la cicatrice. Et depuis, ça suinte …

Plus l’historique de la cicatrice est lourd ( plaies profondes ou abcès qui ont mis longtemps à guérir, ou récidives nombreuses ), plus c’est galère. Je le sais. Sinon, je n’aurais pas tenu deux semaines avant d’y toucher. J’aurais peut-être dû tenir et attendre, le temps nécessaire, que la peau s’apaise. J’espère qu’en laissant mes cicatrices en paix, même quand elles … grrrr … grattent, rougissent, enflent … elles arrêteront de me jouer ces vilains tours.

Le dermato que j’ai vu il y a une semaine était super. C’est lui qui m’a ouvert les yeux et permis d’admettre que je souffrais de dermatillomanie. J’en avais déjà entendu parler mais j’étais persuadée que non, je n’avais pas ce problème. Moi ? Mais je ne gratte pas ma peau de façon obsessionnelle! Je ne gratterais rien, si je n’avais pas de bouton ! Mais oui, je suis capable d’avoir un bouton et de pas y toucher ! (hem ! t’es sûre miss ?!). Bref, il a été super et je suis sortie de chez lui, bien résolue à m’en sortir. J’ai bien essayé de lui expliquer cette histoire de : là ça suinte et suinte et suinte … et là c’est sec … Il m’a répondu : que ça suinte ou pas … vous n’y touchez pas ! Bon … OK …mais n’empêche … Il faudra quand-même que je lui en reparle.

Je revois ce dermato dans cinq mois. Il m’a regardée, très sérieux : je ne veux plus vous voir avec des plaies ! ( genre : des boutons, OK. La peau arrachée : NON ! )

Jour 6 : cette cicatrice qui m’inquiète

Grattage : aucun

Temps passé au miroir : 5 minutes après la douche pour  tamponner cette cicatrice qui suinte

Progrès : la petite plaie qui suintait sur le menton évolue vers la guérison

Espoir : que la cicatrice s’arrête de suinter elle aussi

Point positif : le reste du visage va plutôt bien

ça suinte…

Hier soir, avant d’aller dormir … j’ai  … merdé. Ce petit bouton rouge sur le menton : j’ai pas pu m’empêcher de le triturer. Résultat : une peau à vif et qui suinte.

J’y ai touche le moins possible dans la journée. Ce soir, ça va un peu mieux.

Je réalise que finalement, le moment le plus à risque pour moi : c’est le soir, juste avant d’aller dormir.

A part ça, j’ai laissé ma peau tranquille, touché à rien. C’est déjà ça.

Jour 5 : j’aime pas quand ça suinte

Grattage : non

Temps passé au miroir : 5 minutes toute les deux heures environ pour voir si ça suinte

Progrès : ça ne suite plus

Résolution du soir : aller dormir sans inspecter ma peau

En famille

Dimanche de Pâques en famille. Réveil matinal et départ rapide. Coup d’œil au miroir avant de partir : ma peau a l’air d’aller plutôt bien ce matin.

J’hésite à me maquiller. Ça fait un an que je ne cache plus l’état de ma peau à mes parents. Par contre … croiser près de chez mes parents, des voisins d’enfance … hum … Je mets un voile de poudre sur mes joues. Voilà, ça ira très bien.

Nous passons une journée agréable ; je ne pense pas plus que ça à ma peau.

Après avoir compris et admis que mon problème de peau était avant tout un problème de grattage ; je l’ai tout de suite dit à mes parents. Depuis un an, j’ai tellement galéré avec ma peau, j’avais fini par ne plus me cacher ; eux aussi étaient inquiets.

Cet après-midi ; je raconte, tout contente, comment une petite plaie qui suintait depuis dix jours avait guéri en trois après que j’aie arrêté de la toucher. Il me répond : t’as déjà essayé la bétadine, pour faire sécher ?

( Tout ! J’ai tout essayé … )

J’ai pas du tout envie de lui faire un cours sur la cicatrisation et la grande prudence avec laquelle il faut manier les antiseptiques. Je me dis qu’il n’a pas vraiment écouté ce que je viens de lui dire. Je n’ai pas du tout envie de polémiquer  : je change de sujet.

Retour à la maison en fin d’après-midi. Sous la poudre, je sens que ma peau ne respire pas complètement. Je me lave le visage tout de suite en rentrant. Et là … combien de temps ai-je passé au miroir ? Je ne sais pas, peut-être 10 minutes. Rien de méchant : j’ai ôté quelques petites peaux mortes en tirant dessus du bout des ongles. J’ai grattouillé quelques petits points blancs et puis stop ! Pas cherché à presser ni trituré quoi que ce soit.

Tout va bien. Je ne retourne plus dans la salle de bain de la soirée.

Milieu de soirée, pause pipi. J’ai pas regardé le miroir en entrant. Assise, la tête baissée, je me dis : faudrait que je ressorte sans me regarder dans le miroir. J’ai envie quand-même de vérifier. J’ai conscience que c’est pas une bonne idée. J’attends 30 secondes : OK … je regarde, mais surtout … je touche pas. Voyons voir … hmmmm … c’est quoi cette rougeur, là ? J’appuie légèrement dessus avec le dos de la main pour tester si c’est sensible à la pression. Oui, à peine. Holà ! Stop ! C’est rien du tout. Et ça le restera … à condition que j’arrête, et tout de suite, d’y toucher !

J’ai la solution : je sors mon petit flacon de lotion asséchante (cicalfate) et je dépose une petite goutte sur chaque rougeur ou petit bouton. J’appelle ça : opération marsu (marsupilami). On planque tout et on oublie ! Le lendemain au réveil, le voile blanc s’est effrité et a disparu aux trois quarts mais il vaut mieux ne faire ça que quand on ne bosse  pas le lendemain parce que s’il faut frotter après pour enlever les traces blanches … on n’a rien gagné.

Jour 4 : plutôt une bonne journée

Grattage : une fois 10 minutes

Dégâts : aucun

Progrès : j’ai réussi cette fois à ne pas presser ni triturer ma peau

Résolutions du jour pour demain : passer du temps avec les enfants, me coucher moins tard ( et toujours : fuir le miroir ! )

PS : je ne sais pas vous, mais chaque soir je me fais une liste longue comme le bras de trucs à faire le lendemain et au final … Et là, donc, parfaitement consciente du truc, je me disais: soyons réaliste et choisissons ce qui compte vraiment. Eh bien … c’est vraiment, mais vraiment … difficile de choisir.

 

Ne pas mentir …

… ne pas se mentir quand on est face au miroir, avec des « c’est rien » quand on est en train de grattouiller sa peau. Non ! Ce n’est pas rien ! C’est … grrrrrr … de la bêtise ? Oh, ça y ressemble ! Parce que oui, c’est vraiment bête d’aller gratter et de prendre le risque de blesser, infecter … se retrouver avec une plaie là où il n’y avait qu’un minuscule bouton.

Et vous savez-quoi ? Ce blog va m’aider, oui. Parce qu’aujourd’hui quand j’étais face au miroir, en train de gratter ce petit truc par là, de tripoter cette boule, là, qui me nargue depuis deux jours … Je me disais : allez ! Arrête-toi tout de suite parce que sinon, tu seras bien obligée de l’admettre, de l’écrire … que t’as déjà failli à ta promesse.

On se sent nulle dans ces moments là. Bon, c’est pas de se sentir nulle qui va arranger les choses. Restons positif : j’ai su m’arrêter avant 5 minutes, ne pas insister jusqu’à blesser ma peau.

Bref, tout ça pour dire, aussi : que je me suis promis de ne pas mentir ici, dans ce blog. Sinon, à quoi bon ?

La journée avait bien commencé. Un beau soleil et pour la première fois depuis longtemps : pas peur de quitter la couette pour affronter la réalité. Parce que oui, dans les pires moments, le matin, on aimerait juste se rendormir et oublier nos plaies.

Je suis allée voir mes « jolies » croûtes. Woaw ! Il y a deux jours, quand elle ont commencé à sécher, j’espérais les voir tomber d’ici la fin du week-end. Hier soir, en me couchant, je me disais que j’allais peut-être bien passer le dimanche de Pâques sans croûte. Et finalement, elles sont parties ce matin quand je me suis débarbouillée la figure … déjà !

Youpiiii ! … Sauf que …

Et là … dans les heures qui ont suivi … il s’est passé exactement ce que j’avais prédit. Toutes les autres imperfections m’ont sauté aux yeux. Je le savais. Faut croire que de le savoir n’aura pas suffi à m’empêcher d’aller les toucher.

Et demain ? Je ne sais pas. Ce soir, je me sens sereine et confiante. Je crois que le mot d’ordre sera : ne va pas devant le miroir !

Jour 3 : je le savais … que ça n’allait pas être facile

Grattage : 3 fois 5 minutes

Dégâts : aucun

Progrès : plus de croûtes ( ni de plaies )

Résolution du jour pour demain : ne pas aller devant un miroir

Je la joue cool

Alors comme ça ; il faudrait que je commence à moins me mettre la pression ? Rien de tel qu’un jour OFF pour voir si je suis capable de buller  … sans culpabiliser.

Bien dormi, réveil tranquille. Enfin … je ne parle pas du premier : avec les mômes qui courent dans l’escalier, le papa qui a besoin d’allumer la lumière pour enfiler un slip, à moins que ça ne soit pour se gratter l’entrejambe ( restons poli, hein ). Je me demande si ce grattage là, très répandu parmi la gente masculine est un TOC lui aussi ? Sans parler du téléphone qui a sonné avant le réveil. Le petit décroche, passe le téléphone à papa : « Hum ? Ha … heu … oui … hem … attendez, je vous passe madame, elle connaît le dossier mieux que moi. » … ( arghHHH )

Une fois la porte d’entrée claquée, je peux enfin retourner à mes doux rêves.

Réveil tranquille donc, disais-je. Au réveil … je n’ai pas envie du tout d’aller voir quelle tête j’ai. J’écoute mes sensations. Est-ce que ça gratte, que ça tire ou pique quelque part sur mon visage ? On dirait que non. C’est bon signe.

Je me suis fait un thé. J’ai passé la moitié de ma journée à lire des pages sur la dermatillomanie. J’ai réfléchi, rêvassé. Et puis … ah … très important : j’ai pris rendez-vous pour un massage … non deux.  Je suis quand-même allée voir mes croûtes. Elles sont de plus en plus grossières, rugueuses et moches : je sais d’expérience ( ah ça … de l’expérience … j’en ai ) que c’est une bonne nouvelle. Elles sont en train de se soulever sur les bords et de se désolidariser de la peau qui se reconstruit dessous. C’est vrai qu’il y a 48 heures encore, j’y aurai touché. Pas parce que c’est moche et que j’aimerais les faire disparaître. Non, je les touchais pour voir si en-dessous, tout allait bien. Sauf que parfois, sous une croute, ça fait mal. Il doit y avoir du pus coincé en-dessous : c’est ce que je me disais. Et je me disais, ça pourra pas guérir tout seul. Mais souvent non : pas de pus, juste une peau inflammatoire qui voudrait simplement qu’on la laisse tranquille.

Donc OK, on m’a expliqué, promis avec une telle conviction qu’il suffit de ne plus y toucher pour que ça guérisse que … hé bien : je n’y ai pas touché. Yes !

Mon visage me démange. Ça aussi, c’est normal. Je l’ai tellement agressée. Elle réagit.

J’ai trouvé un moyen de ne pas gratter, même quand sa démange fort.

Je passe tout doucement le bras ou le dos de la main sur la zone qui démange, sans frotter. Ça suffit, et ça passe.

Bilan de la journée : zéro grattage ? Pas exactement. Ce serait mentir. Deux minuscules boutons qui seraient aussi bien partis avec un gommage ( mais avec mes croûtes, les gommages, c’est pas pour tout de suite ) que j’ai grattouillé. Deux minutes, pas plus.

La petite boule que j’avais repérée hier soir est toujours là : je m’en fous ( eh oui, c’est bien ce que j’avais décidé, non ? ), j’y touche pas.

En fait, là, c’est assez facile de ne pas gratter. Deux affreuses croutes qu’il est absolument interdit de toucher sous peine de tournage en rond avec suintage et compagnie. A côté desquelles, les autres imperfections sont faciles à ignorer.

Je sais d’expérience ( oui, je sais, je me répète ) que quand sur mon visage, j’ai un truc affreux. Je laisse le reste du visage assez tranquille. Et le jour où ça va mieux : oh mais que vois-je ? Plein de défauts partout et … c’est reparti …

Me voilà prévenue. Là, c’est le bonheur : deux affreuses croûtes qui après avoir suinté à me désespérer … semblent vouloir sécher et peut-être bientôt tomber, laissant derrière elle une peau en train de cicatriser.

Et après … mon perfectionnisme reprendra-t-il le dessus ? Parce que là, depuis que je suis sortie de consultation : c’est presque trop facile. Je crois que c’est après que ça va être difficile. Je le sais. Mais je tiendrai. Je trouverai des ruses, des stratégies et surtout la motivation pour que ce cauchemar cesse.

Jour 2 : c’est presque trop facile.

Grattage : 2 minutes / Dégâts : aucun

Progrès : des croûtes qui ne suintent plus et ne font plus mal