Je la joue cool

Alors comme ça ; il faudrait que je commence à moins me mettre la pression ? Rien de tel qu’un jour OFF pour voir si je suis capable de buller  … sans culpabiliser.

Bien dormi, réveil tranquille. Enfin … je ne parle pas du premier : avec les mômes qui courent dans l’escalier, le papa qui a besoin d’allumer la lumière pour enfiler un slip, à moins que ça ne soit pour se gratter l’entrejambe ( restons poli, hein ). Je me demande si ce grattage là, très répandu parmi la gente masculine est un TOC lui aussi ? Sans parler du téléphone qui a sonné avant le réveil. Le petit décroche, passe le téléphone à papa : « Hum ? Ha … heu … oui … hem … attendez, je vous passe madame, elle connaît le dossier mieux que moi. » … ( arghHHH )

Une fois la porte d’entrée claquée, je peux enfin retourner à mes doux rêves.

Réveil tranquille donc, disais-je. Au réveil … je n’ai pas envie du tout d’aller voir quelle tête j’ai. J’écoute mes sensations. Est-ce que ça gratte, que ça tire ou pique quelque part sur mon visage ? On dirait que non. C’est bon signe.

Je me suis fait un thé. J’ai passé la moitié de ma journée à lire des pages sur la dermatillomanie. J’ai réfléchi, rêvassé. Et puis … ah … très important : j’ai pris rendez-vous pour un massage … non deux.  Je suis quand-même allée voir mes croûtes. Elles sont de plus en plus grossières, rugueuses et moches : je sais d’expérience ( ah ça … de l’expérience … j’en ai ) que c’est une bonne nouvelle. Elles sont en train de se soulever sur les bords et de se désolidariser de la peau qui se reconstruit dessous. C’est vrai qu’il y a 48 heures encore, j’y aurai touché. Pas parce que c’est moche et que j’aimerais les faire disparaître. Non, je les touchais pour voir si en-dessous, tout allait bien. Sauf que parfois, sous une croute, ça fait mal. Il doit y avoir du pus coincé en-dessous : c’est ce que je me disais. Et je me disais, ça pourra pas guérir tout seul. Mais souvent non : pas de pus, juste une peau inflammatoire qui voudrait simplement qu’on la laisse tranquille.

Donc OK, on m’a expliqué, promis avec une telle conviction qu’il suffit de ne plus y toucher pour que ça guérisse que … hé bien : je n’y ai pas touché. Yes !

Mon visage me démange. Ça aussi, c’est normal. Je l’ai tellement agressée. Elle réagit.

J’ai trouvé un moyen de ne pas gratter, même quand sa démange fort.

Je passe tout doucement le bras ou le dos de la main sur la zone qui démange, sans frotter. Ça suffit, et ça passe.

Bilan de la journée : zéro grattage ? Pas exactement. Ce serait mentir. Deux minuscules boutons qui seraient aussi bien partis avec un gommage ( mais avec mes croûtes, les gommages, c’est pas pour tout de suite ) que j’ai grattouillé. Deux minutes, pas plus.

La petite boule que j’avais repérée hier soir est toujours là : je m’en fous ( eh oui, c’est bien ce que j’avais décidé, non ? ), j’y touche pas.

En fait, là, c’est assez facile de ne pas gratter. Deux affreuses croutes qu’il est absolument interdit de toucher sous peine de tournage en rond avec suintage et compagnie. A côté desquelles, les autres imperfections sont faciles à ignorer.

Je sais d’expérience ( oui, je sais, je me répète ) que quand sur mon visage, j’ai un truc affreux. Je laisse le reste du visage assez tranquille. Et le jour où ça va mieux : oh mais que vois-je ? Plein de défauts partout et … c’est reparti …

Me voilà prévenue. Là, c’est le bonheur : deux affreuses croûtes qui après avoir suinté à me désespérer … semblent vouloir sécher et peut-être bientôt tomber, laissant derrière elle une peau en train de cicatriser.

Et après … mon perfectionnisme reprendra-t-il le dessus ? Parce que là, depuis que je suis sortie de consultation : c’est presque trop facile. Je crois que c’est après que ça va être difficile. Je le sais. Mais je tiendrai. Je trouverai des ruses, des stratégies et surtout la motivation pour que ce cauchemar cesse.

Jour 2 : c’est presque trop facile.

Grattage : 2 minutes / Dégâts : aucun

Progrès : des croûtes qui ne suintent plus et ne font plus mal